Katherine Johnson
La plus célèbre des computers!

24.02.2024

Aujourd'hui

Par Anne-Sylvie Weinmann, avocate et data scientist.


Katherine Johnson at NASA, in 1966

Katherine Johnson à la NASA en 1966 |
Domaine public (Wikipedia Katherine Johnson)

On les appelait les computers!

Des femmes mathématiciennes talentueuses qui calculaient et qui ont donné leur nom aux machines qui les ont remplacées, et qui désormais sous-tendent notre société numérique.

Ce 24/02 est lié à l’une d’entre elle: Katherine Johnson. Ce jour de 2020, à 101 ans, la plus célèbre des computers a rejoint les étoiles.

16/07/1969, « Le compte à rebours commença et, devant leurs yeux fascinés, tous les moteurs se mirent en marche. Une trombe de flamme et de fumée jaillit à la base de la fusée et le monstre s’éleva vers le ciel. Le présentateur déclara alors aux millions de téléspectateurs: « Neil Armstrong confirme la bonne exécution des roulis et du tangage qui vont placer Apollo 11 sur la bonne trajectoire » Joshua, Joylette et Margaret frémirent d’émotion. Cette trajectoire, c’était Katherine qui l’avait calculée », lit-on dans Combien de pas jusqu’à la Lune de Carole Trebor.

20/07/1969, 20h17 TUC, « Houston, Tranquility Base here. The Eagle has landed », annonce celui qui six heures plus tard sera le premier humain à fouler le sol lunaire.

Pour ramener les astronautes sur Terre, le LEM Eagle devra se reconnecter au module de commande Columbia demeuré en orbite lunaire. Madame Johnson a calculé à la perfection l’heure de l’envol de l’Aigle pour ces retrouvailles vitales!

Copyright Daniela Perren
Copyright Daniela Perren

Deux phases de la Lune, la demi-lune et la pleine lune. Sable chaud, blanc froid | © Daniela Perren

« I asked questions. I wanted to know why »

Katherine Johnson posait des questions, elle voulait savoir pourquoi.

Poser des questions n’est pas toujours chose aisée. Qui n’a jamais senti une question le tarauder, et s’est abstenu de la poser de crainte de paraître idiot? Moi, malheureusement, car je suis restée avec ma question. Avec une incompréhension, un vide; et ça, c’est vraiment idiot.

Libre de tout regard, poser des questions, jusqu’à ce que la lumière jaillisse. L’expression d’une grande intelligence, et d’une forme d’humilité, assumer de ne pas détenir toutes les réponses. Joie de comprendre. Reflet de l’intérêt porté à ce tiers-répondant, pour ses connaissances, son point de vue. Parfois aussi, acte courageux, une réponse possédant le potentiel de venir chahuter, voire bousculer notre propre monde.

Notre époque numérique questionne, interpelle. Alors, à l’instar de Katherine Johnson, posons des questions, posons-nous des questions!

Que l’on ait comme elle la bosse des maths, ou pas, quels que soient nos dons, rêves et aspirations, cette courageuse « figure de l’ombre », née dans un sud des États-Unis miné par la ségrégation raciale, est profondément inspirante. Ses questions ont mené l’humanité sur la Lune, sa vie a contribué à abaisser les barrières raciales, de genre et sociales.

« Les figures de l’ombre », Katherine Coleman Goble Johnson (1918-2020), Dorothy Vaughan (1910-2008), spécialiste du langage de programmation Fortran, avait pressenti le remplacement des femmes-computers par des machines-computers dès le début des années soixante. Le cratère lunaire Vaughan l’honore. Mary Jackson (1921-2005) deviendra la première femme afro-américaine ingénieure à la NASA, dont le siège à Washington DC porte le nom. Trois amies mathématiciennes, trois femmes afro-américaines, trois trajectoires, mises en lumière par un livre de Margot Lee Shetterly qui a inspiré un film.

Les computers. Les ordinateurs. Une histoire jeune, déjà riche, des inventions, des humains derrière ces machines omniprésentes dans nos vies, à découvrir lors d’une visite guidée du Musée Bolo (une occasion privilégiée de poser vos questions aux bénévoles passionnés du Musée Bolo!), sur la page Mémoires vives ou le site web smaky.ch